{"id":3646,"date":"2018-03-22T18:48:26","date_gmt":"2018-03-22T17:48:26","guid":{"rendered":"http:\/\/meta-m.org\/?p=3646"},"modified":"2018-03-22T18:48:26","modified_gmt":"2018-03-22T17:48:26","slug":"deletefacebook-adieu-mon-ami","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/meta-m.org\/index.php\/2018\/03\/22\/deletefacebook-adieu-mon-ami\/","title":{"rendered":"<strong>#DeleteFacebook, adieu mon ami<\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab [&#8230;] \u00ab\u00a0Il est temps\u00a0\u00bb : c\u2019est avec ces trois mots que Brian Acton, le cofondateur de WhatsApp, a annonc\u00e9 quitter le r\u00e9seau social Facebook. Son message, publi\u00e9 mercredi 21 mars sur Twitter, ressemble \u00e0 des centaines d\u2019autres : depuis les r\u00e9v\u00e9lations du Guardian et du New York Times affirmant que Facebook a laiss\u00e9 Cambridge Analytica, une entreprise d\u2019analyses de donn\u00e9es proche du pr\u00e9sident am\u00e9ricain Donald Trump, siphonner les donn\u00e9es de millions d\u2019utilisateurs, les commentaires d\u2019internautes annon\u00e7ant avoir supprim\u00e9 leur compte Facebook se multiplient. Le ralliement de Brian Acton \u00e0 la campagne #DeleteFacebook (#SupprimeFacebook) peut pourtant surprendre, WhatsApp ayant \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9e \u00e0 prix d\u2019or par Facebook en 2014. M. Acton travaille d\u00e9sormais pour Signal, une application de messagerie rivale de WhatsApp. \u00ab Effacer et oublier. Il est temps de se soucier de la vie priv\u00e9e \u00bb, a-t-il aussi \u00e9crit \u00bb <\/em> (Le Monde du 21 Mars 2018, <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/big-browser\/article\/2018\/03\/21\/deletefacebook-le-cofondateur-de-whatsapp-appelle-a-quitter-le-reseau-social_5274479_4832693.html\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">ici<\/a>).<br \/>\nCambridge Analytica est accus\u00e9e d\u2019avoir utilis\u00e9 des donn\u00e9es de 30 millions \u00e0 70 millions d\u2019utilisateurs de Facebook, recueillies sans leur consentement, en passant par un quiz d\u00e9velopp\u00e9 par un universitaire anglais, Aleksandr Kogan, et sa soci\u00e9t\u00e9 Global Science Research (GSR).<br \/>\nSamedi 17 mars, le Guardian, The Observer et le New York Times ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les donn\u00e9es r\u00e9colt\u00e9es par GSR pour le compte de Cambridge Analytica l\u2019ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019insu des internautes concern\u00e9s, en pr\u00e9sentant le quiz comme un simple exercice acad\u00e9mique, alors que celui-ci absorbait les donn\u00e9es non seulement des participants, mais aussi de leurs \u00abamis\u00bb Facebook. Par ailleurs, la cha\u00eene britannique Channel 4 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 lundi dans un reportage en cam\u00e9ra cach\u00e9e que les pratiques de Cambridge Analytica s\u2019\u00e9tendent \u00e0 la diffusion volontaire de fausses informations, \u00e0 l\u2019espionnage d\u2019adversaires politiques, au recours \u00e0 des prostitu\u00e9es et \u00e0 la corruption pour manipuler l\u2019opinion publique \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, selon les mots de son propre dirigeant, Alexander Nix, film\u00e9 \u00e0 son insu.<br \/>\nLe PDG de Facebook a reconnu \u00abune faille de confiance\u00bb \u00e0 la suite du scandale Cambridge Analytica. Mais, pour les observateurs, c\u2019est le mod\u00e8le m\u00eame du r\u00e9seau social qui est en cause.<\/p>\n<p><em>\u00abLe magazine am\u00e9ricain Wired rel\u00e8ve ainsi  que le \u00ab tour d\u2019excuses \u00bb du patron de Facebook \u00ab reprend les bons vieux \u201cmea-culpa-mais-pas-trop\u201d \u00bb de la firme, en rappelant que Mark Zuckerberg avait en 2016 qualifi\u00e9 \u00abd\u2019id\u00e9e assez folle\u00bb le fait que de fausses informations aient pu influencer les r\u00e9sultats de la pr\u00e9sidentielle am\u00e9ricaine. Cette fois, il a \u00e9voqu\u00e9 des erreurs pass\u00e9es et condamn\u00e9 Cambridge Analytica, tout en soulignant que les r\u00e8gles d\u2019utilisation pour les entreprises tierces avaient \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9es depuis 2014, \u00e0 l\u2019\u00e9poque du siphonnage des donn\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 britannique \u00bb<\/em> (Le Monde du 22 Mars 2018, <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/pixels\/article\/2018\/03\/22\/ce-qu-il-faut-savoir-sur-cambridge-analytica-la-societe-au-c-ur-du-scandale-facebook_5274804_4408996.html\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">ici<\/a>).<\/p>\n<p>L\u2019analyse est similaire du c\u00f4t\u00e9 du Guardian. Dans une chronique, le journaliste John Harris \u00e9voque <em>\u00abun scandale que Facebook a construit lui-m\u00eame\u00bb<\/em> :<em> \u00abCe bazar \u00e9tait in\u00e9vitable. Facebook a travaill\u00e9 sans rel\u00e2che pour rassembler autant de donn\u00e9es que possible sur ses utilisateurs et en tirer profit\u00bb<\/em>.<br \/>\nL\u2019influent quotidien britannique reproche notamment au r\u00e9seau social de ne pas avoir alert\u00e9 ses utilisateurs de l\u2019important siphonnage de donn\u00e9es, et de ne pas \u00eatre all\u00e9 assez loin pour les prot\u00e9ger. Le double discours de Facebook, qui se vante de vouloir <em>\u00abrapprocher le monde\u00bb<\/em> mais dont le mod\u00e8le \u00e9conomique repose quasi exclusivement sur la collecte de donn\u00e9es personnelles et leur exploitation \u00e0 fins publicitaires, est un mod\u00e8le vici\u00e9 par essence, estime le journaliste du Guardian.<\/p>\n<p>Souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme une v\u00e9ritable officine, sp\u00e9cialis\u00e9e dans la manipulation des opinions publiques, Cambridge Analytica se vantait elle-m\u00eame de pouvoir profiler \u00ab220 millions d\u2019Am\u00e9ricains\u00bb afin de leur envoyer des publicit\u00e9s cibl\u00e9es sur les r\u00e9seaux sociaux. Mais quelques zones d\u2019ombres subsistaient, notamment quant \u00e0 la mani\u00e8re dont la soci\u00e9t\u00e9 se procurait ses donn\u00e9es.<br \/>\nDimanche dernier, l\u2019hebdomadaire britannique The Observer et le quotidien am\u00e9ricain The New York Times ont lev\u00e9 le voile sur ce myst\u00e8re en publiant le t\u00e9moignage d\u2019un lanceur d\u2019alerte de poids : Christopher Wylie, un jeune homme de 28 ans qui se trouve \u00eatre l\u2019homme ayant eu l\u2019id\u00e9e qui a permis \u00e0 Cambridge Analytica d\u2019acc\u00e9der ill\u00e9galement \u00e0 plusieurs millions de profils Facebook en 2014.<\/p>\n<p>Comme le racontait Mediapart, Cambridge Analytica est en fait une \u00e9manation, n\u00e9e en 2013, d\u2019un groupe de communication britannique, Strategic Communication Laboratories (SCL), \u00e0 la r\u00e9putation sulfureuse. Ce groupe dispose notamment d\u2019une branche \u00abSCL Defense\u00bb sp\u00e9cialis\u00e9e dans les \u00abop\u00e9rations psychologiques\u00bb. Sa branche \u00abSCL Elections\u00bb a, elle, \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9e dans des \u00e9lections un peu partout dans le monde : au Kenya, en Afrique du Sud, en Colombie, en Inde, en Roumanie\u2026<br \/>\nSCL a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e il y a 25 ans par l\u2019homme d\u2019affaires ultraconservateur et climatosceptique Robert Mercer. Le fondateur du site d\u2019extr\u00eame droite Breitbart News, Steve Bannon, a fait partie des dirigeants de la branche am\u00e9ricaine de SCL, Cambridge Analytica. Christopher Wylie explique qu\u2019il \u00e9tait m\u00eame son sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique direct. Et c\u2019est lors des primaires r\u00e9publicaines, au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2014, que la soci\u00e9t\u00e9 se fait conna\u00eetre aupr\u00e8s du grand public.<br \/>\nTout d\u2019abord, Facebook autorise la collecte de donn\u00e9es dans un but de recherches acad\u00e9miques, mais interdit dans ce cas leur revente \u00e0 un tiers. Ce que Kogan a fait en fournissant Cambridge Analytica. Ensuite, l\u2019application d\u00e9velopp\u00e9e par GSR collectait non seulement les donn\u00e9es de l\u2019utilisateur, mais \u00e9galement celles de ses \u00abamis\u00bb. Environ 270 000 personnes avaient rempli le test de Kogan. Et chacune l\u2019a diffus\u00e9 \u00e0 au moins 160 autres personnes. Au total, environ 50 millions de profils auraient \u00e9t\u00e9 ill\u00e9galement collect\u00e9s par Cambridge Analytica.<br \/>\nLa nouvelle est catastrophique pour la soci\u00e9t\u00e9 qui est \u00e9galement soup\u00e7onn\u00e9e d\u2019avoir mis ses outils au service des partisans du Brexit lors du r\u00e9f\u00e9rendum de 2016. Elle fait \u00e0 ce titre l\u2019objet de deux enqu\u00eates, une men\u00e9e par la commission \u00e9lectorale, l\u2019autre par l\u2019autorit\u00e9 de protection des donn\u00e9es. Depuis qu\u2019elle s\u2019est retrouv\u00e9e sous les projecteurs, Cambridge Analytica a tout fait pour essayer de limiter sa responsabilit\u00e9, revenant m\u00eame sur ses affirmations pr\u00e9c\u00e9dentes en affirmant n\u2019avoir jou\u00e9 qu\u2019un r\u00f4le mineur dans la campagne de Donald Trump ou n\u2019avoir jamais utilis\u00e9 de donn\u00e9es issues de Facebook.<br \/>\nAvec le t\u00e9moignage de Christopher Wylie, qui a \u00e9galement fourni aux journalistes de nombreux documents, cette d\u00e9fense est d\u00e9sormais mise \u00e0 bas. D\u2019autant plus que, au lendemain des r\u00e9v\u00e9lations de The Observer et du New York Times, le reportage de Channel 4 est venue confirmer ces m\u00e9thodes.<\/p>\n<p>Il aura donc fallu un lanceur d\u2019alerte, Christopher Wylie, insider par d\u00e9finition, pour mettre sur la place publique ce que tout le monde supposait.<br \/>\nIl aura donc fallu un lanceur pour alerter sur les risques importants d\u2019atteinte aux libert\u00e9s individuelles que le mod\u00e8le m\u00eame de Facebook (et d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale de tous les r\u00e9seaux sociaux) porte en lui.<br \/>\nPourtant, l\u00e0 aussi, les signaux d\u2019alerte ne sont pas nouveaux. En France, en 2015, \u00e0 la suite de l\u2019annonce par Facebook de la modification de sa politique d\u2019utilisation des donn\u00e9es, la CNIL a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des contr\u00f4les sur place, sur pi\u00e8ces et en ligne afin de v\u00e9rifier la conformit\u00e9 du r\u00e9seau social \u00e0 la loi Informatique et Libert\u00e9s. Ces actions s\u2019inscrivaient dans une d\u00e9marche europ\u00e9enne \u00e0 laquelle participent cinq autorit\u00e9s de protection ayant \u00e9galement d\u00e9cid\u00e9 de mener des investigations (France, Belgique, Pays-Bas, Espagne et Land d\u2019Hambourg) sur les pratiques de Facebook. Les contr\u00f4les conduits par la CNIL ont permis de relever l\u2019existence de nombreux manquements \u00e0 la loi Informatique et Libert\u00e9s. Il a notamment \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 que Facebook proc\u00e9dait \u00e0 la combinaison massive des donn\u00e9es personnelles des internautes \u00e0 des fins de ciblage publicitaire. Il a aussi \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 que Facebook tra\u00e7ait \u00e0 leur insu les internautes, avec ou sans compte, sur des sites tiers via un cookie.<\/p>\n<p>Au regard des manquements constat\u00e9s, la Pr\u00e9sidente de la CNIL a d\u00e9cid\u00e9, le 26 janvier 2016, de mettre en demeure les soci\u00e9t\u00e9s Facebook Inc. et Facebook Ireland de se conformer \u00e0 la loi Informatique et Libert\u00e9s, dans un d\u00e9lai de trois mois. Les deux soci\u00e9t\u00e9s ayant adress\u00e9 \u00e0 la CNIL des r\u00e9ponses insatisfaisantes \u00e0 un certain nombre de manquements de cette mise en demeure, la Pr\u00e9sidente de la CNIL a d\u00e9sign\u00e9 un rapporteur afin que soit engag\u00e9e une proc\u00e9dure de sanction \u00e0 leur encontre. <\/p>\n<p>MM.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab [&#8230;] \u00ab\u00a0Il est temps\u00a0\u00bb : c\u2019est avec ces trois mots que Brian Acton, le cofondateur de WhatsApp, a annonc\u00e9 quitter le r\u00e9seau social Facebook. 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