Le prix de la diversité

Hier, ici même, nous recensions les noms d’oiseau dont sont affublés les lanceurs d’alerte.
A devoir lister, nous pourrions nous y mettre aussi mais préférons parler « diversité ».
En ces temps obscurs, en cette « époque qui sent le sang » comme dirait Michel Onfray, diversité est devenu un gros mot. Rassurons les petits caporaux, les apprentis racistes et les convaincus, nous ne parlerons pas de cette diversité qui les fait vociférer, mais de celle du monde animal, plus spécifiquement en Afrique, élément aggravant nous en convenons !

🔴 Le New-York Times de ce jour se fait l’écho, dans un article intitulé « In Africa, ‘Paper Parks’ Are Starved for Cash – au sous-titre: In a unique analysis, researchers put a price on protecting Africa’s wildlife : at least $1.2 billion each year », de l’étude publiée par PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the U.S.A) : « More than $1 billion needed annually to secure Africa’s protected areas with lions ».

La démarche des auteurs de ce travail est originale et en ce sens une première.
Il ne s’agit pas d’aborder la question de la préservation de la faune africaine de façon passéiste en comptabilisant années après années la diminution des populations emblématiques, non plus en énumérant les prises faites à la contrebande.

➡️ L’étude part premièrement d’un constat communément admis par la communauté scientifique spécialiste de la faune africaine: si le lion, tout au haut de la hiérarchie, se porte bien, toute la faune se porte bien; si le lion périclite, c’est toute la chaîne animale qui périclite. Or, « their numbers have dropped 43 percent over the past two decades to as few as 20,000 in the wild. They now occupy just 8 percent of their historic habitat ».
Vous l’avez compris, leur nombre a chuté de 43% au cours des deux dernières décennies. A présent, les lions n’occupent plus que 8% de leur habitat historique.

➡️ Deuxièmement, PNAS pose une seconde vérité, là aussi très largement admise : sans action concrète et déterminée, des pans entiers de la faune africaine sont amenés à disparaître dans les prochaines décennies.
Surtout l’étude pose la question du sauvetage de la faune africaine dans les seuls termes à la fois utile et compréhensible par chacun et plus spécifiquement par les gouvernants, celui du coût de la préservation de cette faune, non pas dans des projets de reconquête de territoires, mais sur les bases des espaces aujourd’hui protégés.
La question posée est en fait d’une grande simplicité : quel est le prix à payer pour sauver la faune africaine dans le cadre des espaces qui lui sont dès à présent alloués ?

« To estimate the amount of funding needed to boost populations by at least 50 percent, the researchers relied on three different financial models. Then, following a review of state wildlife and donor funding, as well as interviews with park managers and officials, the team totaled the dollars available for protected areas in the 23 countries included in their study.
They found that 88 percent to 94 percent of parks operate on budgets that are less than 20 percent of that required to perform effective conservation. Parks need to invest $377 to $783 per square mile, the researchers concluded. On average, parks spend just $77 per square mile.
The grand total to renew Africa’s parks: $1.2 billion to $2.4 billion each year. If the funding deficits are not addressed, lions and other wildlife in affected areas will likely experience catastrophic declines, the authors warn
».

✅ Voilà, nous connaissons le prix de la diversité: 1,2 milliards de dollars par an au minimum.
Pognon de dingue ou pas ? Pour certains, à partir du moment où ça n’entre pas dans leur poche, c’est toujours trop… Certes nous pourrions comparer cette somme à d’autres, ô combien plus extravagantes et sans doute beaucoup moins utiles comme celle des ventes d’armes mondiales annuelles, mais on nous répondra que comparaison ne vaut pas raison. Encore que… Nous pourrions ramener cette somme au nombre d’années, de millénaires, de présence des lions sur terre et l’on constaterait que le prix à payer pour leur suivie est bien dérisoire.

Nous n’avons pas la prétention de clore cette question en quelques lignes. Nous voulions surtout, à l’occasion de la publication de cette étude, insister que dans une économie capitaliste, le plus judicieux est sans doute d’aborder les solutions aux grandes questions qui nous traversent, d’un point de vue avant tout monétaire.
Même s’il y a urgence à changer de modes de production et de consommation, de tels changements, au cas où une prise de conscience effective avait lieu, prendraient trop de temps pour permettre la survie d’une part importante de la faune.
Dans l’attente, il faut y mettre le prix.

Si la faune a été détruite pour de simples questions financières, sa préservation est donc elle aussi une question financière.
On ne pourra plus dire « je ne savais pas » et on ne pourra plus dire « à quel prix ? ».

MM.

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