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Lanceurs d’alerte: noms d’oiseau et post-vérité

Les lanceurs d’alerte sont donc des menteurs, des dérangés, des racketteurs, des affabulateurs, des intéressés… et on en oublie de plus belles.
Désolés, mais nous n’avons pas le vocabulaire des entreprises qu’ils dénoncent, apparemment cela nécessite un peu d’entraînement, de longues semaines passées sur les bancs des tribunaux. D’un autre coté, on se dit que ce n’est vraiment pas la peine de se pointer aux audiences avec une horde d’avocats, l’achat d’un dictionnaire de mots obscènes ferait largement l’affaire, et coûterait quand même bien moins cher. Car, quand on n’a pour seule défense l’insulte, qu’on a du mal à dépasser la psychologie à deux balles des cafés du commerce pour dépeindre ses accusateurs, un soupçon d’intelligence voudrait que l’on joue profil bas. Mais voilà, quand on pense que le monde vous appartient, votre vérité, aussi grossièrement travestie qu’elle soit, devient LA vérité. Et c’est bien connu, là où il n’y a pas de gêne, il n’y a pas de plaisir.

Attention, tout ceci n’est pas l’apanage des sociétés renvoyées devant les tribunaux suite à des dénonciations de lanceurs d’alerte. La post-vérité étant devenue la marque à la mode, le nouvel AberCrombie, tout aussi artificiel et espérons éphémère, les politiques s’en sont emparé comme des morts sur la faim.
Quand on n’a rien à dire, rien de tel qu’une petite insulte et des menaces à peine voilées. C’est comme ceci que les journalistes deviennent des abrutis, des menteurs et des tricheurs, et qu’on encourage le troupeau à leur pourrir la vie. De la même façon qu’il n’y a pas de dictateur sans un peuple acceptant la soumission, il n’y a pas de post-vérité sans un troupeau prêt à l’accepter et à la répéter les yeux fermés.

Au final, lanceurs d’alerte et journalistes sont traités de la même façon, et plus largement tous ceux qui se disent que la réalité est sans doute plus complexe que quelques mots piochés ici et là dans un dictionnaire de synonymes. C’est assez comique au demeurant de constater que certains se proclamant haut et fort défenseurs des lanceurs d’alerte, utilisent exactement les mêmes procédés que les entreprises que les lanceurs dénoncent. C’est encore plus comique, quoi que désolant, que certains lanceurs, légitimes dans leur combat, acceptent ce petit jeu qui revient à s’infliger soi-même les coups de poignards. Mais bon, la nature humaine, comme la post-vérité, sont sans doute insondables, et puis l’important au final c’est d’y croire, on y réfléchira plus tard.

Parce que quand on y croit, tout est permis. Il n’y a plus de barrière. On peut dire tout et son contraire dans la même phrase, on peut mentir outrageusement, peu importe. Là où les sciences sociales se sont donné pour objectif de mettre en œuvre les outils permettant d’interpréter et de comprendre la réalité, les réalités, nos challengers ont pour mission d’élaborer un discours qui se substitue de lui-même à la réalité et à la vérité. C’est facile et bien pratique : si l’on est Insoumis on peut « en même temps » prétendre défendre la liberté de la presse et menacer les journalistes, si l’on est macronien on peut « en même temps » défendre la tradition d’accueil de la France et refouler tous ceux qui se présentent aux frontières, si l’on est une banque française, on peut « en même temps » affirmer que l’on respecte les lois des pays dans lesquels on exerce et signer un protocole d’accord avec un pays tiers reconnaissant que l’on n’a pas respecté les lois en question. Et des exemples à l’avenant, l’actualité en regorge.

Si les lanceurs d’alerte sont le poil à gratter des entreprises montrées du doigt pour leurs comportements délictueux, ils sont aussi le cauchemar des politiques. Ceci expliquant sans doute l’inaction, au-delà des discours d’intentions sans lendemain de la caste politicienne, et ce d’une extrême à l’autre, quand ce n’est pas le mépris ou une volonté réelle de les bâillonner. Le lanceur d’alerte est le cauchemar du politique car il est la démonstration vivante que l’organisation politique et économique de la société qu’il nous vend comme indépassable, est une énorme tartufferie. Nous pourrions porter le regard dans de multiples directions, mais limitons nous ici à deux points d’ancrage.

La confiance, maître mot de l’organisation de notre « démocratie libérale ». Confiance dans les acteurs économiques, confiance dans les corps intermédiaires, dans la classe politique, sans cette confiance, que l’on voudrait quasi-naturelle, tout ne serait que déséquilibres et loi du chacun pour soi. Car la confiance c’est aussi le respect des engagements, le respect des processus électoraux, le respect des règles que la société se donne pour être, espère-t-elle plus harmonieuse et égalitaire.

C’est un b-a-ba de l’économie libérale : sans confiance entre les agents, sans respect des engagements, la transparence est impossible, la concurrence est faussée, les acteurs ne sont pas sur le même pied d’égalité. C’est une règle d’or affichée aux pontons de toute entreprise qui se respecte, on n’a pas inventé pour rien la possibilité de défaire des contrats quand la confiance est brisée, quand la loyauté est atteinte.
Et le lanceur d’alerte vient mettre son bordel dans ce monde rêvé : il l’applique à la lettre ! Il se conforme aux lois et règlements de son champ d’exercice, il assume ses responsabilités, il tient ses engagements, il agit en fait pour que la confiance puisse être maintenue entre les différents agents, persuadé que son comportement est un gage de stabilité et d’égalité de la société. Et pour ce faire, sa société, la société et tous les corps intermédiaires, le montrent du doigt, l’accusent, le marginalisent et l’excluent. Tout ceci, on l’aura compris, n’est qu’un comportement de défense, aussi puérile que de crier à la face du lanceur menteur ou autres noms d’oiseaux. Une fois de plus le symptôme a moins d’importance que la cause. Pourquoi un tel comportement si ce n’est pour reconnaître que le lanceur met en péril un certain équilibre, mais pas celui que l’on croit, pas celui que l’on cherche à nous vendre, juste un équilibre dans la négation des règles imposées ?

La méritocratie, l’un des principes fondateurs de la démocratie libérale, promesse devant sceller une société de progrès perpétuels, remise au goût du jour sous les lumières du pseudo « nouveau monde », même si c’est une fois de plus puérilement et grossièrement. Si le bonheur est dans le pré, le mérite est de l’autre côté de la rue !
Bon, on sait depuis longtemps que tout ceci est une grosse arnaque, mais le mythe demeure bien vivant et surtout bien entretenu. Mieux vaut être rentier et oisif que mal né et travailleur. La médiocratie a remplacé depuis des lustres la méritocratie, et en ces temps de libération de toutes les paroles, même les plus archaïques, et en ces temps où la bêtise est devenue un art de vivre (« parce que je le vaux bien »), le médiocre, pourvu qu’il ait quelques pouvoirs de polichinelles, se revendique haut et fort. Les médiocres ont pris le pouvoir, mais en plus ils sont militants et pour beaucoup d’entre eux corrompus, ouvertement. Alors là aussi, le lanceur d’alerte est un empêcheur de tourner en rond. Le médiocre n’a pas d’autre horizon que sa propre médiocrité pour maintenir ses pouvoirs, ses avantages, ses petites magouilles, après tout c’est pour ça qu’il a été coopté, il fera ce qu’on lui dit et ne remettra pas en cause l’équilibre de la pyramide. Le lanceur quand il dénonce ne fait pas que porter préjudice à l’entreprise en mettant sur la place publique ses dysfonctionnements, ses errements, ses malversations, il remet en cause l’équilibre précaire de toute la structure, le gagne pain facile de l’édifice et de ses médiocres.
Il n’est pas uniquement l’ennemi de l’organisation, il est aussi celui de tous ceux qui y vivent protégés derrière leurs insuffisances, leur incompétence et leur fidélité aveugle à la main qui leur donne à manger, encore un qui n’a pour d’autre horizon que d’y croire.

Derrière les noms d’oiseau il y a un autre monde, une autre réalité, une autre vérité, si éloignés du monde loué, que celui qui ose lever la main est condamné sans autre forme de procès.

MM.

A sa façon, MetaMorphosis vous remercie.

Sensible

«Aussi brutalement que nous survient l’alerte,
Aussi très doucement vos soutiens nous confortent,
Pour que nos hurlements ne restent pas mainmorte
Pour que le Collectif MetaMorphosis n’œuvre pas en pure perte
Nos mots et nos écrits ne soient pas lettre morte
Et que votre attention ne demeure pas inerte
Nos pages et nos actions ne restent pas désertes
Vos dires, vos réactions souvent nous réconfortent
ça nous fait chaud au cœur, même si ça ne rapporte
Nous n’avons pas lancé l’alerte en pure perte.
Merci à tous, merci à vous ».

Valérie                                                                                                                                  

Pragmatique  

« Merci à vous tous qui nous faites confiance, on compte sur vous pour continuer»
Céline

Altruiste

« Chères abonnées, Chers abonnés, Futurs abonnés, Nous avons passé la barre des 700 abonnés et si le temps de vous dire merci est venu, je ne saurais m’en satisfaire.
Derrière ce travail et ces publications il y a un Collectif qui fait de son mieux pour vous offrir des tribunes et des points de vue critiques sur l’actualité de l’alerte.
Sans vous et sans votre nombre, nous ne sommes pas grand chose devant des ONG dont certaines d’entre elles, ont décidé de trahir la cause libre et résistante des lanceurs d’alerte. Chez nous, vous ne trouverez ni traîtres ni renégats.
Enfin, il est temps de vous dire merci et de continuer à demeurer libres et égaux car nous avons décidé de ne jamais fermer les yeux. Grâce à votre soutien, nous demeurons des vigies indépendantes, apolitiques et espérons continuer à vous aider dans vos démarches et réflexions. Parce que la vérité ne meurt jamais. »
Nicolas

Formaliste

«Nos très chers lecteurs,
Vous êtes toujours plus nombreux à nous suivre et nous avons atteint les 705 abonnés sur notre page Facebook!
Nous comptons sur vous pour nous aider à étendre notre audience, si comme nous vous estimez que nos publications contribuent à éclairer les citoyens en apportant une seconde lecture de l’actualité, en rapport direct ou indirect avec les problématiques de l’alerte.»

Gilles

Objectif … avec une pointe d’humour

« Avec MetaMorphosis, entrez dans la Matrice pour savoir ce qui se cache derrière le système.
Faites le bon choix, choisissez la pilule Rouge !
Merci à tous ceux qui nous ont déjà rejoint. »
 
Mathieu

Matrix – Pilule bleue ou rouge

Collectif

Chacun de nous souhaitait en son nom et au nom du Collectif, vous remercier pour le soutien que vous apportez à MetaMorphosis.
En espérant que l’on continue ensemble l’aventure; n’hésitez pas à prendre la parole, à participer aux discussions de Groupe et relayer nos publications.
Le Collectif MetaMorphosis (MM.)

CICE: elle n’est pas belle la vie ?

Le CICE (Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi), rien à redire, pour les grosses entreprises, c’est d’une grande efficacité ! Percevoir de l’argent public, sans contrepartie soit sans réelle obligation de résultat…Elle n’est pas belle la vie?

Même si le gouvernement s’oppose à le faire, et pour cause, c’est bien la question de l’efficacité du CICE qui est posée. Était-il utile d’injecter des dizaines de milliards d’euros d’argent public pour soutenir les entreprises ? Et surtout dans quels buts ?      

CICE : une polémique quant à son efficacité                                                    

 « Les cas qui ont suscité le plus de polémique sont ceux des grandes entreprises qui ont supprimé des emplois alors même qu’elles recevaient cette aide publique, à l’image d’Auchan, de Sanofi et de Carrefour…Au cours des dernières années, de nombreuses voix se sont élevées pour réformer le CICE, en imposant aux grandes entreprises des contreparties contraignantes en matière d’emploi ou de salaires, ou en les forçant à rembourser les aides en cas de plan social. Mais rien de tel n’a été mis en place. »


journal Le Monde: « Qui bénéficie des 20 milliards d’euros du CICE ? »

Un constat amer :

« 2000 emplois menacés chez Conforama »

Puis Ford – « Gironde: Ford aurait touché environ 20 millions d’euros d’aides publiques directes depuis 2013 pour son site de Blanquefort ». Ici se joue le sort de 850 salariés. C’est aussi 40 millions d’euros d’aides au total selon les syndicats. « Les syndicats estiment qu’au total les aides dépassent les 40 millions d’euros contre les 26 millions avancés par Ford, car ils prennent en compte les aides « indirectes » qui ont bénéficié à l’entreprise, comme le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et les mesures de chômage partiel (puisque l’employeur bénéficie d’une allocation de l’État correspondant aux heures chômées). »

Pour Ford, une solution ?

Voilà qui est dit : « L’État ne peut pas, en droit, demander à Ford, dont l’usine de Blanquefort va fermer, de lui rembourser les aides perçues au cours des dernières années » – Benjamin Griveaux porte-parole du gouvernement.

Par conséquent :

Si l’objectif initial du CICE était « le financement de l’amélioration de [la] compétitivité [des entreprises] à travers notamment des efforts en matière d’investissement, de recherche, d’innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement », il convient de rappeler que préservation (d’emploi) n’est pas création, et que le CICE représente une manne de 20 milliards d’euros par an …sans de réelles contreparties réclamées aux bénéficiaires.

Disons les choses clairement : le CICE n’est rien d’autre qu’une mesure permettant une baisse massive des impôts des entreprises déguisée en allègement de charges en passant par la case « aides publiques ».

Ce n’est pas de la « politique économique », mais juste un « choix politique » d’aide massive à une catégorie bien précise de la population.

Aucune stratégie industrielle dans ce dispositif, aucune politique sectorielle à l’œuvre, aucun axe de politique écologique, aucune ciblage en terme de gamme… Le CICE ne cherche pas non plus à accroître la compétitivité des entreprises, sauf à nous faire croire que quel que soit le secteur d’activité ou la branche, les entreprises auraient exactement les mêmes soucis de productivité.

Baisser l’impôt sur les sociétés de 20 milliards d’euros aurait eu le même résultat : très peu de création nette d’emploi, très faible augmentation des salaires, peu d’investissements par rapport aux sommes en jeu, mais explosion des dividendes qui dans leur majorité ont dû servir à l’acquisition de titres d’entreprises (étrangères) sur le marché secondaire donc sans incidence aucune sur l’économie nationale, ou alimenter les comptes bancaires dans les paradis fiscaux.

Un pognon de dingue, pour un résultat de dingue ! Elle n’est pas belle la vie ? Commençons par demander aux salariés.

MM.

Urgence climatique: vers un défenseur de l’environnement ?

Urgence climatique : « il faut créer un défenseur de l’environnement sur le modèle du défenseur des droits ».
Voilà ce que propose Cécile Muschotti, députée La République en marche du Var qui a remis une note en ce sens au ministre de la transition écologique.

Sans doute la Députée en marche est-elle allée trop vite ces derniers temps. Laissons-la continuer sa route, mais nous, arrêtons-nous un instant, histoire de reprendre notre souffle tant d’une surprise trop grande, il en fut coupé.
« Il faut créer un défenseur de l’environnement sur le modèle du défenseur des droits » Il faudrait – parce que c’est urgent -, une « autorité indépendante », qui se situe au-dessus de « tout parti politique », sur le modèle du défenseur des droits, « et s’assurer que la société dans son ensemble, mette tout en œuvre pour protéger l’environnement ».

Cécile Muschotti, députée La République en marche du Var

Sans doute parce qu’il y a urgence et que, pour mieux y répondre, il faudrait créer à l’image du Défenseur des droits – un défenseur de l’environnement. Parce qu’il est important en situation d’urgence, d’établir un cadre où « urgence » pourrait se définir comme telle.

Sans doute parce qu’il y a urgence, il est nécessaire de mettre entre ceux qui alertent déjà et que les pouvoirs publics n’entendent pas, un intermédiaire qui alerterait et qui lui serait entendu ! le champ démocratique, c’est par le haut qu’on y accède, même s’il y a le feu dans les chaumières.

Sans doute parce qu’il y a urgence, il est nécessaire par ce dispositif de mettre de facto une étape supplémentaire qui consisterait à saisir ce défenseur, et ce, pour aller plus vite. Il serait « chargé d’une mission unique : développer la médiation économique et sociale » : traiter le problème quand on n’a aucun pouvoir, c’est surtout bavasser autour de celui-ci, alors même qu’il s’agirait sans attendre de prendre les premières mesures qui s’imposent…

Parce qu’enfin « Nous avons considéré il y a quelques années que les droits de chaque citoyen devaient être mieux protégés par la création d’un défenseur des droits » selon Madame Muschotti. C’est dire de l’état de santé de nos droits quand ils ne sont pas représentés par un corps intermédiaire…
Madame Muschotti propose donc de mettre en place un défenseur indépendant reconnu comme légitime qui « effectuerait des signalements quand les règles ne sont pas respectées ! ». Très clairement, les lanceurs d’alerte ne sembleraient pas, eux, légitimes ou pas totalement. Mais ça, au regard des traitements qui leurs sont réservés tout comme les traitements de leurs alertes, tous l’avaient compris.

L’urgence climatique c’est comme l’urgence à traiter ce qui est dénoncé par les lanceurs … Urgent, oui, mais pour mieux traiter, mieux vaut bien «encadrer» et de façon verticale pour n’avoir à plus rien traiter du tout, ou à défaut, peu mais avec lenteur. A rappeler que sans doute aurions-nous été mieux protégés si les Autorités compétentes en charge de résoudre les dysfonctionnements décelés, s’étaient penchés sur ce qui posait sérieusement problème à la minute où ils en furent informés.
Agir ? non ! D’abord on structure, ensuite on discute puis on voit.

Comme dirait Isabelle Michallet, -Professeur de droit public à l’université Jean-Moulin-Lyon-, dans sa Tribune écrite pour le journal Le Monde : Mon idée pour la France : il faut « punir la criminalité environnementale »

Isabelle Michallet, -Professeur de droit public à l’université Jean-Moulin-Lyon-

Ne soyez pas inquiets … Face à l’urgence climatique (qui attendra), si les actes forts semblent absents, les idées, elles, germent encore: mettre en place un défenseur de l’environnement qui alerterait, mais comment n’y avons-nous pas pensé plus tôt ?

« Bon sang mais c’est bien sûr, c’était ça un défenseur de l’environnement qui nous manquait jusque là ! C’est pour ça qu’on n’y arrivait pas aussi… »


Isabelle Saporta, journaliste pour RTL Matin

En tous les cas, ce ne sont ni les politiques, ni les élus qui nous épargneront de la catastrophe qui guette; l’urgence climatique, environnementale, c’est bien parce qu’il y a urgence que ça n’attend pas.
Un grand classique en somme : chercher sous couvert de bonnes intentions à se prémunir d’un échec annoncé… tout en se dotant d’un futur bouc-émissaire!

MM.

Benalla, c’est « Start-up Nation, parce que tu le vaux bien ! »

Benalla, sa lettre de licenciement du Ministère d’Arnaud Montebourg


(tirée du rapport d’enquête du Sénat)

– Elle vaut le coup d’œil !


Nous n’avons rien contre Benalla, bien sûr. Cependant, au regard des qualités qui lui firent défaut à l’époque, – manque de : discrétion, responsabilité et tempérance- on ne peut que s’interroger sur…le pourquoi du choix d’Emmanuel Macron !

En somme, sous Montebourg il s’est fait jeter après…1 mois !

Par sa démonstration rapide de son incapacité à occuper les fonctions de chauffeur -non pas uniquement qu’il ait mal conduit le carrosse, mais par manque de qualités premières intrinsèques requises pour cet emploi-, à priori, il aurait dû être grillé partout, surtout dans un Ministère…

Que nenni, on se dit qu’il a eu beaucoup de chance d’être à nouveau embauché (et à quel poste !) pour ensuite être « faussement » sanctionné, puis déplacé à d’autres postes puis finalement licencié dans des conditions…que nous qualifierons d’optimales. Et tout ceci en une année et des brouettes.

Nous passerons sur sa phase de reconstruction, les contrats à travers le monde ça n’est pas ce qui lui a manqué. Parce qu’un Benalla c’est intelligent, et prévoyant : mener en parallèle de l’Elysée une activité privée, il fallait y penser !

Minimiser les faits, faire confiance, le gouvernement en tant qu’employeur a su faire !

Dans la start-up Nation, mieux vaut être un employé sans qualité mais fidèle, que professionnel aux qualités requises dévoué à sa tâche.

Finalement, à comparer Benalla aux lanceurs d’alerte, mieux vaut être loyal envers son patron qu’envers la Nation !

Benalla, c’est « Start-up Nation, parce que tu le vaux bien ! »

MM.

Monopoly📣, siffler n’est pas jouer

Monopoly📣, un jeu de société non ludique, pour l’intérêt général.
Le but du jeu consiste à vous ruiner par le temps et à trouver des solutions qui s’avéreront ne pas en être.
Monopoly📣 symbolise les aspects apparents et spectaculaires de la condition du lanceur d’alerte, ses chances de réussite se faisant et se défaisant au fil des coups de dés. Le hasard, les lois et le temps jouent une part importante.
✅ L’objectif est de tenir, tester la résistance, trouver des solutions.
Les parties s’avèrent longues, stressantes, et se jouent souvent seul, dans le dénuement le plus complet.

⚠️ Les pions, à l’origine sont de simples employés. Au cours de la partie, ils peuvent se retrouver licenciés, en justice voire même en prison. Le joueur peut difficilement sortir de la partie engagée. Le vainqueur sera celui qui aura tenu dix années avec peut être à la clé une décision de justice mais qui possède de ce fait, le monopole des emmerdes.


A présent, vous aussi, lancez l’alerte !

Monopoly📣, siffler n'est pas jouer
Monopoly📣, siffler n’est pas jouer
Monopoly📣, siffler n’est pas jouer
Monopoly📣, siffler n’est pas jouer

Bonne chance et bon courage !

MM.

Benalla, les oligarques russes…l’AFP versus Médiapart.

 Nous en convenons, la vie moscovite a ses charmes et n’est pas vraiment désagréable tant qu’on a les moyens d’y vivre.
C’est le cas des expatriés, par exemple quand ils sont détachés d’une grande agence de presse publique comme l’AFP. La condition pour y mener une vie paisible est sans doute de ne pas trop s’y faire remarquer et en tous les cas, de tenir un discours plutôt bienveillant à l’égard de l’homme fort de la Cité.

Selon les affaires, cette bienveillance peut également plaire au petit Président logeant l’Élysée. Alors si l’on mêle cette situation moscovite à l’affaire Benalla, nous sommes sûrs de ne faire que des heureux…
De là, quand on est journaliste de profession pour le compte de l’AFP à Moscou, nier les évidences concernant les deux oligarques russes clients de Benalla, est – et c’est le moins qu’on puisse dire – un peu limite.

✅ Fort à propos, Médiapart répond ce jour indirectement à son confrère, à travers l’article ci-après : Benalla et les contrats russes: qui sont les deux oligarques au cœur de l’enquête
Nous noterons simplement que là où le journaliste de l’AFP, Thibault Marchand, affirme ne connaître aucun lien entre les oligarques en question et la présidence russe, ces mêmes oligarques reconnaissent eux-mêmes être « les soldats de Poutine ».

contrats russes
« Benalla et les contrats russes: qui sont les deux oligarques au cœur de l’enquête »

🔴 Qu’est-ce autre qu’un soldat que celui qui répond même aveuglément aux ordres qu’on lui donne, qui est disposé à monter au front en lieu et place et en assumant tous les risques du donneur d’ordre?
Soit le correspondant moscovite de l’AFP passe plus de temps dans les hauts lieux culturels locaux, et n’a pas le temps de vraiment s’informer, ce qui serait alors de l’incompétence, soit, d’une façon subliminale dira-t-on, il cherche sous couvert de la renommée de l’AFP à faire passer le message qu’il n’y aurait aucun risque d’ingérence au travers des activités de Benalla quand il était encore salarié de l’Élysée puisque ces oligarques seraient de simples citoyens dégagés de toute influence politique.
A qui fera-t-on croire que l’on peut constituer de telles fortunes en Russie sans l’aval du pouvoir politique ?
Même une dépêche AFP ne ferait pas l’affaire!

✅ Si nous ne pouvons que remercier Médiapart pour la qualité et le sérieux de son travail sur l’affaire Benalla sans lequel nous ne saurions sans doute pas grand chose des turpitudes de ce bouffon de la République qu’est Benalla, nous aurions néanmoins, une remarque à leur faire quant à la présentation que fait le journal en ligne de ces oligarques russes comme cela est encore le cas dans l’article évoqué précédemment.

Il s’agit d’une question de vocabulaire qui à notre sens, a toute son importance.

« Benalla et les contrats russes: qui sont les deux oligarques au cœur de l’enquête »

Il est ainsi indiqué que ces oligarques « ont fait fortune » ou « ont construit leur fortune », alors que – pour parler clairement – ces personnes y compris celles plus médiatisées à Londres ou à Monaco ayant investi dans des clubs de foot par exemple, n’ont jamais rien construit de leur vie au sens noble du terme, mais ont tout simplement avec la complicité du pouvoir politique, capté des pans entiers de biens publics. En présentant les choses comme le fait Médiapart, une forme de légitimité est donnée à ces fortunes alors qu’on se situe bien plus tôt dans des systèmes de prévarication ou de détention de bien mal-acquis.

➡️ Nier les liens consanguins entre ces oligarques et le pouvoir politique, est faire preuve de mauvaise foi en ignorant comment Poutine a pu déposséder certains de ses anciens compagnons oligarques déchus en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Même si les mécanismes sont sans doute plus subtils, il serait intéressant que les économistes et/ou sociologues se penchent un jour sur les mécanismes à l’œuvre ayant permis à certaines grandes fortunes françaises de se constituer, fortunes représentant pour Macron, le modèle indépassable de sa Start-up Nation.

Il est fort à parier que là aussi, le mythe en prenne un coup.

MM.

Corruption: avec Transparency France on positive !

Tout a démarré avec un article du journal Le Monde :Transparency International fustige les atteintes aux contre-pouvoirs dans l’Amérique de Trump.
Dans son nouveau rapport annuel, publié mardi 29 janvier, l’organisation non gouvernementale Transparency International, dénonce les atteintes portées aux contre-pouvoirs dans les États-Unis du président Donald Trump.
Précisons que cette année, pour la première fois depuis 2011, les États-Unis glissent hors du top 20 des pays où la perception de la corruption est la moins aigüe avec un score de 71 sur 100, ce qui lui a valu dans le classement une baisse de 4 points…

Ceci étant posé, qu’en est – il de la France ?

Elle est mal classée, mais progresse, de deux points.

Selon Elsa Foucraut de Transparency France :
✅ «la France gagne 2 points, elle est classée 21 contre 23 les deux années précédentes. C’est le reflet d’une dynamique engagée en 2013 avec la loi transparence de la vie publique, la haute autorité pour la transparence de la vie, la loi Sapin 2 sur la transparence et contre la corruption : on en récolte les fruits dans ce classement».
✅ «Même si le lien entre corruption et perception de la corruption est complexe, on peut penser que les avancées législatives commencent à produire leurs effets aux yeux des citoyens»,
✅ «Pour autant, il reste une marge de progression, la défiance des citoyens est encore importante».

Peut-on encore rappeler à Mme Foucraut de TI que:

➡️ En France il ne suffit de créer quelques lois pour dire que le problème est réglé . Dans les faits, par exemple sur la transparence de la vie publique, 90% des députés n’ont pas mis à jour leur déclaration d’intérêts
➡️ la loi Sapin2 existe, mais….grâce aux « secrets des affaires », nul doute que les affaires sensibles auront encore de beaux jours devant elles !

➡️ Le Pôle National Financier a certes été créé mais la réalité est aussi celle-ci :

➡️ Si la défiance reste importante, c’est sans doute parce que dans les faits, il se passe peu voire rien de significatif.
➡️ Si dans le classement la France semble progresser c’est aussi sans doute, non par les effets de tout ce que l’on met en place mais par le simple fait que les autres pays reculent ?

Avec Transparency, on positive ! L’important comme avec les politiques c’est de s’auto-convaincre, s’auto-persuader qu’on a pris les bonnes décisions et que l’on est donc quelque part, utile, même si au passage comme avec la Convention Judiciaire d’Intérêt public (CJIP), on défend un droit à corrompre!
Être constructif, c’est bien…pourvu que ça fonctionne. En attendant, peu importe le classement, notre billet d’humeur « Aux corrompus (et autres), la Patrie reconnaissante ! » a, lui toujours sa place.

Bonne journée !

MM.

Macron – L’éthique de réciprocité.

L’éthique de réciprocité est une règle morale dont le principe fondamental est énoncé dans presque toutes les grandes religions et cultures. Elle est présente dans les trois religions du Livre mais également dans toutes les pensées d’Asie et constitue l’un des fondements de la philosophie grecque. On la connaît en occident sous les aphorismes «traite les autres comme tu voudrais être traité» ou «ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse».
Cette préoccupation est intimement liée au développement de l’humanité depuis ses origines et constitue, ce que l’on oublie souvent, une source d’inspiration essentielle du concept moderne des droits de l’Homme.

Si l’on ne doit pas faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas que l’on nous fasse, il faut aussi entendre de cette éthique de réciprocité que celui qui a quelques responsabilités dans la cité ne peut exiger des autres ce qu’il ne serait en mesure de faire lui-même.

À l’occasion de l’un des spectacles one-man show, Macron nous a une nouvelle fois servi gracieusement la soupe.

Comme le faisait justement remarquer Desproges, on peut très bien vivre sans aucune espèce de culture. On ne sait jamais trop où est la limite chez Macron entre inculture, provocation, et mauvaise foi. Ce qui apparaît clair c’est que ce concept de réciprocité ne fait pas partie de son logiciel, quant à l’éthique pas vraiment plus. D’un autre côté, comme toujours avec Macron, il y a dans chacun de ses commentaires de bistrot du commerce, une vérité qui le dépasse.

Résumons : une injonction, un lapsus involontaire et un déni de réalité.

Le Président enjoint les français à être des acteurs de la lutte contre la corruption. Comme si beaucoup d’entre eux l’avaient attendu. Il est vrai, on suppose, que ce n’est pas la même chose d’en être victime que bénéficiaire ou complice.
Celui qui parle est-il un exemple en la matière ? On ne va pas s’aventurer dans un catalogue à la Prévert, mais prenons un exemple, au hasard : Benalla, eh oui, encore lui. Soyons des citoyens exemplaires et dénonçons la corruption, les possibles délits, les manquements aux obligations légales et professionnelles… nous intime Macron. Chiche ! Quand il aura commencé à montrer l’exemple, quand il commencera à dénoncer les faits délictueux dont il a connaissance et ne cherchera plus à protéger un ami (peut-être trop proche!) pendant de longs mois.
La crédibilité d’une parole ne vaut que pour autant que l’on soit soi-même irréprochable sur l’injonction que l’on formule, que pour autant que l’on fasse sienne l’éthique de réciprocité.

Avec le temps, nous avons compris qu’il fallait prendre en fait Macron au mot. Que ce qui pourrait paraître comme une contradiction n’en est pas une.
On retrouve ici toute sa conception du « nouveau monde », divisé en deux catégories : ceux qui ont des droits et des obligations et ceux qui n’ont que des droits et tous les avantages. C’est dire dans son esprit qu’il y a corruption et corruption, l’une qui est un agissement délictueux, l’autre le prolongement naturel des affaires.
Si l’éthique a disparu depuis longtemps, même la réciprocité est à géométrie variable.

Enfin le constat, et l’on balance une fois de plus entre méconnaissance des faits, déni de réalités ou mauvaise foi. La France serait une grande démocratie. Tout est question de comparaison et de raison. Par rapport à des nations que Macron affectionne tant, comme l’Arabie Saoudite ou l’Égypte, il est sûr qu’il serait malvenu de nous plaindre. En référence à l’idéal que l’on peut se faire de la démocratie et l’exigence d’idéal est une vertu, il y aurait beaucoup à dire.

En quoi, dans leur exercice, les trois pouvoirs reflètent l’exercice d’une démocratie juste et équilibrée : un pouvoir exécutif de plus en plus monarchique, un pouvoir législatif réduit à une chambre d’enregistrement des volontés du premier, et un pouvoir judiciaire sous considéré et sous-doté, ne sont pas les apparats d’une grande démocratie, et par certains aspects d’une simple démocratie.
N’oublions pas le quatrième pouvoir dont Macron nous dit qu’il est libre. Libre de se taire, sûrement. Une liberté, celle d’informer dans le cas présent, ne vaut que pour autant que l’on s’en serve, ce que la très grande majorité de la profession journalistique semble avoir oublié. Les lanceurs d’alerte en sont sans doute les meilleurs témoins car ils viennent auprès des journalistes par des chemins de traverse. Et le constat est accablant. L’auto-censure et les intérêts commerciaux et publicitaires sont les nouveaux principes d’exercice de ce « nouveau monde » de la presse. Alors, certes, ils restent comme partout quelques îlots de résistance, mais ne nous satisfaisons pas en croyant que quelques lueurs au loin, nous assurent d’un chemin sans risques.
Accepterions-nous dans d’autres professions que 80 à 90% de ses acteurs aient démissionné de leurs obligations et renié leur éthique ?

Finissons sur la justice puisque Macron nous en donne l’occasion. L’injonction est tombée, la justice en France est indépendante. C’est factuellement faux, et ce n’est pas nous qui le disons mais la CEDH qui a rappelé à plusieurs reprises à la France que la non indépendance institutionnelle et de faits du Parquet n’étaient pas compatibles avec l’exercice d’une justice indépendante. On pourrait avoir les juges du siège les plus indépendants au monde, les plus compétents, les mieux lotis en moyens, cela ne changerait rien à l’affaire. Seul le parquet, dépendant hiérarchiquement du politique est en mesure d’ouvrir ou non des instructions. Combien de dénonciations réalisées par des lanceurs d’alerte ne dépassent pas l’horizon de la poubelle des services des procureurs ? La très grande majorité. Donc de quelle indépendance nous parle Macron ? Elle ne l’est pas constitutionnellement, le serait-elle dans les faits ? Pour le dire encore faudrait-il répondre à deux questions. Celle des moyens alloués pour lui permette de réaliser ses missions, hors de ce point de vue, toutes les statistiques comparatives européennes le démontrent, la justice française est très largement sous dotée. Et, a-t-on fait une sociologie de cette corporation ? Qui sont les juges ? Comment se réalise leur avancement de carrière ? Peuvent-ils et comment pourraient-ils être sanctionnés? Dans quel environnement sociologique vivent-ils ? Sont-ils surreprésentés dans des clubs privés, les loges maçons ? Comment peut-on penser que l’indépendance de toute une profession puisse être proclamée ainsi, alors qu’elle ne l’est pas dans les textes, et que l’on en a qu’une très approximative vision dans les faits ?

Enfant gâté, n’ayant jamais rien fait de lui-même, Macron ne connaît rien aux réalités du monde. C’est sans doute pour cela qu’il tient absolument à nous vendre son « nouveau monde ». Il est une nouvelle fois dans l’invective, la surenchère et la désinformation. Ne lui jetons pas la pierre, la plupart de ses comparses, -dont peu importe en définitive la couleur, d’un extrême à l’autre la même défense d’intérêts partisans est à l’œuvre,- sont animés par une matrice identique.
La phrase reprise de Macron n’était pas bien longue. Et pourtant, tant de choses.

Les lanceurs d’alerte ont au final deux choses à lui dire. Ils n’ont pas attendu qu’on leur dise qu’il pouvaient respecter leurs obligations professionnelles et légales. Pour eux c’est un devoir. Et quand ils ont eu à le faire, malgré la destruction de leurs situations professionnelle et personnelle qui s’ensuivit, ils ont pleinement assumé leurs responsabilités, avec leur article 40 ils ne se sont pas essuyés les pieds dessus.
Par ailleurs, il ne suffit pas de mettre de jolis adjectifs sur une profession « libre » ou un corps institué « indépendant » pour faire sens. Une telle vision simpliste des choses est confondante de médiocrité et de bêtise. La presse et la justice sont des corps vivants et agissants qui ne se résument pas à un mot mais à un exercice quotidien, animé de difficultés et parfois de contradictions. Et là encore, les lanceurs d’alerte ont une expérience cruelle bien éloignée, mais nécessairement plus vivante, du monde merveilleux du petit Président.

MM.

Alstom: un (autre) cas d’école.

Le Parquet de Paris vient d’être saisi -sur les conditions de la vente du Groupe français Alstom à l’américain Général Electric- par le député LR Olivier Marleix, ancien président de la commission d’enquête parlementaire ayant travaillé sur ce sujet. Il intervient, ce n’est pas inutile de le souligner, au titre de l’article 40 du Code de Procédure Pénale, si souvent évoqué ces derniers temps, si peu utilisé par ceux qui en ont l’obligation.
Cette plainte vise directement, sans le nommer, Emmanuel Macron pour le rôle qu’il a joué dans cette transaction en sa qualité de Secrétaire Général Adjoint de l’Élysée puis de Ministre de l’économie.
Le parquet de Paris est saisi de l’affaire Alstom

Rappelons que ce n’est pas la première fois que l’on parle de cette affaire, aussi bien au travers d’articles d’investigation que d’une Commission Parlementaire qui avait auditionné nombre des acteurs de l’époque dont Emmanuel Macron. Les suites n’aboutirent à aucune décision concrète… Sans doute est-ce le fonctionnement normal de ce type de Commission ?

Outre cette saisie du Parquet ce jour, l’affaire Alstom revient sur le devant de la scène suite à la parution du livre « Le piège américain » co-écrit par le journaliste Matthieu Aron et Frédéric Pierucci, ancien dirigeant du Groupe Alstom.

Rappelons que Frédéric Pierucci aura passé plus de deux années en prison aux États-Unis, les autorités américaines l’ayant de toute évidence utilisé comme moyen de pression dans leur attaque contre le groupe français et plus spécifiquement contre son PDG de l’époque Patrick Kron.

Souhaitons que le Parquet, à la différence de la Commission d’enquête parlementaire, aille plus au fond dans son enquête et mette enfin à jour le rôle de chacun des protagonistes qui semblent avoir concouru les uns les autres au bradage de cet ex fleuron industriel français. De l’aveu de tous ceux ayant enquêté sur les conditions de la vente, seul l’ex ministre Arnaud Montebourg semble avoir cherché à défendre l’intérêt général, ce qui l’a conduit à être mis hors course par la haute administration de Bercy soutenue par Emmanuel Macron. Souhaitons aussi que par son instruction, le Parquet mette à jour si elles existent, d’éventuelles collusions entre certains des acteurs de ce dossier ce qui pourrait aussi expliquer la façon dont le gouvernement français a abandonné le contrôle aux Américains, d’un groupe rappelons le, dont certaines de ses activités (turbines destinées aux centrales nucléaires) assuraient l’indépendance du pays vis à vis de puissances étrangères.

Ceci étant dit, nous souhaiterions en tant que lanceurs d’alerte, réagir à l’interview dont il est fait référence ci-avant.

➡️ Alors que la corruption d’agents étrangers est formellement interdite par la loi, tout le monde semblerait l’avoir intégrée comme « normale » tant sa pratique est usuelle.
➡️ Plus étrange et ceci étant dit, ces mêmes interlocuteurs semblent s’étonner de devoir être poursuivis pour avoir sciemment contrevenu à leurs obligations. Nous sommes dans un schéma que connaissent bien les lanceurs d’alerte qui, eux, par obligation mais aussi par peur, préfèrent dénoncer que de penser comme beaucoup par facilité ou lâcheté, que les lois et les règlementations sont indispensables lorsqu’elles ne s’appliquent qu’aux autres.
➡️ Monsieur Pierucci qui, et nous le comprenons, n’a pas nécessairement vécu une partie de plaisir lors de son incarcération aux États-Unis, semble reporter essentiellement ce qu’il a enduré sur le dos de la justice américaine. S’il n’y a pas de doute que les autorités américaines utilisent l’extra territorialité de la justice pour faits de corruption afin de mener également une guerre commerciale contre les grands groupes européens, force est de constater d’une part que ces derniers connaissent la règle du jeu , qu’ils pourraient d’autre part se tourner contre l’Union Européenne qui ne s’est pas donné les moyens, elle, de pouvoir agir de la même façon, et qu’au final, agissements douteux ou non des autorités américaines, il n’en demeure pas moins que les faits eux-mêmes de corruption semblent avérés et même reconnus dans certains cas.
Les lanceurs connaissent bien ce type d’attitude, qui consiste pour l’entreprise et ses dirigeants fautifs, à essayer de maquiller les faits dénoncés derrière de pseudos dysfonctionnements ou volonté hypothétique de nuire.
➡️ Enfin nous marquerons notre étonnement sur le peu d’enclin de monsieur Pierucci à accuser directement son ancien employeur dans les malheurs qui ont été les siens.

Rappelons tout d’abord deux éléments pour poser le décor :

Ayant refusé dès le début de sa garde à vue de collaborer avec le FBI, choisissant ainsi d’être loyal vis à vis de son employeur de l’époque Alstom (cette histoire l’a quand même conduit à deux ans de prison en plaidant coupable pour s’en épargner entre 15 et 19 années), ceci n’a pas empêché ce dernier de le licencier rapidement pour abandon de poste! Comme quoi, et cela est une constante chez les lanceurs d’alerte, la loyauté ne paie pas et les lampistes sont bien utiles. Sans doute était-ce pour cette raison qu’il vaut mieux dénoncer.
Nous rappellerons ensuite que, lors de l’audition de Patrick Kron à la commission d’enquête parlementaire, Natalia Pouzyreff, vice-présidente LREM de la commission d’enquête, s’était étonnée auprès de lui qu’il n’avait pas jugé bon de recevoir l’épouse de Monsieur Pierucci ou à minima de communiquer avec elle alors que son époux était emprisonné aux US. « La personne de M. Pierucci ne bénéficie de plus aucun soutien, il n’a reçu aucune visite de la part de représentants de la société Alstom, il est emprisonné pour trente mois, vous n’avez pas reçu la famille et il a plus d’une centaine de milliers d’euros de frais d’avocat non payés… »
Non, Monsieur Pierucci n’est pas Carlos Ghosn.
Nouvelle illustration pour les non-encore lanceurs d’alerte, on passe très facilement du jour au lendemain de cadre méritant à paria mais après tout comme nous l’explique l’un des principaux acteurs de ce dossier Emmanuel Macron, « il y a des gens qui réussissent et ceux qui ne sont rien ». Dans la pratique faudrait-il encore préciser comment devient-on, ou comment fabrique-t-on, « un rien » ?

Revenons donc à notre étonnement quand Monsieur Pierucci charge quasi exclusivement la justice américaine, source de ses ennuis. Il convient de rappeler que l’enquête sur Alstom par cette dernière remonte à 2010 soit 3 ans avant son arrestation et période pendant laquelle monsieur Kron aurait sciemment menti aux autorités américaines, leur faisant croire qu’il menait en interne dans le groupe Alstom une enquête afin d’établir les responsabilités sur les faits de corruption présumés, prêt avec le Groupe à collaborer pleinement avec le FBI. Il n’en fut rien, aux dires de l’ex cadre.
De ce fait, Monsieur Kron semblerait avoir pris le risque d’exposer ses employés lors de leur déplacement à une justice américaine qui ne plaisante pas… ce qui est arrivé à Monsieur Pierucci. On a beau être cadre, il n’en demeure pas moins qu’en cas de pépin, on devient très vite un « rien ».

Si la justice américaine fait son travail, quand bien même elle instruirait avec des arrières pensées, il semblerait que l’attitude du Groupe Alstom et de son dirigeant aurait fait courir un risque plus important à ses propres cadres, quitte à les lâcher.

« Frédéric Pierucci paye pour des pratiques qui ont été favorisées, connues et généralisées au sein de l’entreprise. Il a été sacrifié par ses patrons pour qu’ils puissent, eux, rester en liberté. »
Pierre Laporte, ancien cadre d’Alstom à France info.

MM.

Lettre à Macron: les lanceurs d’alerte ne vous ont pas attendu

Nous pouvons discuter de la forme de la « Lettre au Français » … mais à notre sens, ceci disqualifierait d’entrée l’exercice.
Par définition, débattre sur la base des sujets autorisés par l’une seule des parties, est la négation d’un débat. Ce n’est pas une lettre qu’il fallait envoyer aux français, mais plutôt un QCM ! Quitte à faire les questions, autant choisir les réponses possibles.

Sur le fond, nous ne savons pas trop ou nous ne savons que trop bien. Parce que tout ceci entraîne la peur, celle qui confirme un peu plus, à chaque affaire, à chaque décision ou mesure, que nous vivons dans deux mondes différents.
Vous dîtes « Le sens des injustices y est plus vif qu’ailleurs »; « Tous voudraient un pays plus prospère et une société plus juste »; « La société que nous voulons est une société dans laquelle pour réussir on ne devrait pas avoir besoin de relations ou de fortune, mais d’effort et de travail », et nous vous en passons d’autres !

Avez-vous pour autant compris que ces sentiments sont nés et ont été exacerbés par des décennies de politiques économiques libérales et injustes? Par une corruption endémique de la classe politique ? Par des corps intermédiaires démissionnaires ? La liste serait longue et ne serait sûrement pas à la hauteur des sujets imposés au « débat ».
Pour preuve, la troisième assertion reprise ci-dessus : Benalla et autres serviteurs, ça vous parle ? Il suffit de se plonger dans les parcours professionnels et les cursus universitaires de certains ministres et députés du « nouveau monde » pour se convaincre que les passes-droits sont devenus des passes partout.
Devenu start-up nation, l’État en copie ses fondements : médiocratie, copinage et corruption gouvernent ce monde. Et le « débat » ne le changera pas : aborder le sujet du budget de l’État reste une discussion sur les seules dépenses et l’utilité des services publics. Quid des recettes ? Peut-on « discuter » de la fiscalité visant certains types de revenus ? Apparemment non, ça n’était pas prévu dans le QCM… La fraude fiscale pareil, elle n’y avait pas sa place.
Nous allons nous arrêter là. Pour le constat nous ne vous avons pas attendu et malgré neuf samedis de mobilisation vous ne semblez toujours pas en avoir pris conscience. Mauvaise volonté ? Comme on dit, poser la question c’est déjà commencer à y répondre.

Si vous vous étiez un jour, ne serait-ce que quelques minutes, intéressé aux lanceurs d’alerte ces dix dernières années, vous auriez pu faire bien avant le constat posé aujourd’hui sur feuille blanche. Vous auriez même eu des débuts de solutions aux questions que vous posez aux français sachant que débattre est une autre affaire.
Mais sans doute pour vous un lanceur d’alerte est une relique du vieux monde : désintéressé, honnête, respectueux des règles et lois, soucieux de justice… autant de comportements qui n’ont pas leur place dans la start-up nation, ce nouveau monde.

En partant de simples constats, fruits de leurs expériences, de la violence subie, du traitement interminable et trop souvent scandaleux de leurs dossiers, confrontés à l’incompétence volontaire des autorités de régulation et de contrôle, à la lâcheté des corps intermédiaires, à une justice quasi absente même quand l’intérêt général est manifestement en jeu, les lanceurs d’alerte ont retenu la leçon depuis bien longtemps.
Alors à quoi bon « débattre » puisque la démocratie en passe d’être vendue est celle du « cause toujours tu m’intéresses » ?
«Dites-nous ce dont vous avez besoin, nous vous dirons comment vous en passer» aurait répondu Coluche s’il avait reçu cette lettre. Les lanceurs l’ont malheureusement bien intégré.
Dès lors, comme vous, nous pouvons continuer à faire semblant de débattre, histoire de maintenir l’illusion d’une démocratie qui fonctionne…

MM.